Les diasporas asiatiques racontées au musée de l’Histoire de l’immigration

À partir de 1860, lAsie de l’Est est en proie à des bouleversements socio-historiques majeurs. Certains quittent la région pour la France. Entre intégration et préjugés, récit d’une exode méconnue au Musée national de l’Histoire de l’immigration.

Patrick Zachmann, Leçons chinoises dans le 13e arrondissement, 1986. Magnum Photos © Musée national de l’histoire de l’immigration

Ceux qui ont tout quitté pour tout recommencer se retrouvent généralement face à eux-mêmes, et conjuguent intégration et réappropriation de leur identité, dans un endroit où être chinois” rime avec silence, travail et docilité.

En France, limmigration reste un sujet récurrent, délicat et contemporain. Elle est généralement surmédiatisée et utilisée comme pivot pour aborder des thématiques qui clivent lopinion publique. Reste que celles venant dAsie concentrent moins le débat médiatique. Probablement pour des raisons de distance. Plus un lieu est éloigné, moins il nous intéresse, moins il nous concerne, même sil vient à nous.

L’IMMIGRATION ASIATIQUE À L’ÉPREUVE DES PRÉJUGÉS

Un des buts de lexposition  « Immigrations Est et Sud-Est asiatiques depuis 1860 » en cours au Musée de l’Histoire de l’immigration est de mieux comprendre et connaître les individus qui rejoignent la métropole. De dissiper les amalgames et de singulariser les parcours.

Elle tient ainsi à mettre en avant les personnalités quon oublie à force de regrouper lhistoire de chacun via des termes génériques et réducteurs comme « boat people » (en référence aux premiers réfugiés vietnamiens, venus dans des bateaux de fortune), « chinois », ou le fameux « péril jaune », cette thèse complotiste renvoyant à la domination des peuples asiatiques sur les Blancs). Des qualifications qui datent de 1895 à 1975 et traversent les époques en modifiant leur forme sans pour autant perdre leur sens.

Un des buts de l'exposition est de savoir qui sont les individus qui rejoignent la métropole. Photo : Contrôle des étudiants de l’Institut franco- chinois, collection de l’Institut franco-chinois de Lyon, Bibliothèque municipale de Lyon, 1921- 1953, s. c. (© : BML). Propriété de l’université Lyon 3.

METTRE DES VISAGES SUR DES DIASPORAS

Au fil de la visite, de nombreux portraits photos, des objets à valeur sentimentale, des témoignages et des récits sous tous les formats apportent vie et substance à la masse migratoire, telle quon a lhabitude de la percevoir : générale et anonymisée. Chaque personne a une expérience différente de larrivée en France.

Par exemple, Hàm Nghi, un empereur vietnamien né en 1881 est réduit au titre de « prince » et exilé en Algérie après s’être opposé aux Français pendant la colonisation de lIndochine. Il vit là-bas jusqu’à sa mort selon les codes français jusque dans son apprentissage et sa pratique des arts, notamment de la peinture.

Mention au récit de cette femme passée par les centres daccueil (CAFI) qui raconte la difficultés à vivre dans ces établissements censés aider les familles migrantes asiatiques à se loger, une fois quils ont acquis la nationalité française. Faute defficacité, ce système garde parfois les familles plusieurs mois. Il arrive même quelles soient séparées.

Enfin, une jeune étudiante chinoise explique son quotidien dans le pays et les chocs culturels les plus marquants, ainsi que les discriminations quelle subit au travail et lors de ses démarches administratives.

Famille Ly-Cuong, Marseille, Boulevard de la République, Janvier 1961, Photographie, collection particulière Stéphane Ly-Cuong

« Photos, objets et témoignages  apportent de la substance à la « masse migratoire » qu’on a l’habitude de percevoir »

Ces parcours font état de la difficulté d’être en France, mais pas uniquement. Ils soulignent la diversité des profils et lespoir qui nourrit les efforts et les progrès de tous dans les échelons des processus dintégration. Ceux exigés par la France via le système administratif mis en place, et ceux fixés par les migrants eux-mêmes dans leur vie personnelle.

DES VOIX FRANCO-ASIATIQUE QUI ÉMERGENT

En 2019, selon lInsee, on compte 37 000 descendants dimmigrés chinois et 153 000 descendants directs dau moins un parent né dans lex-Indochine (Vietnam, Cambodge, Laos). Suite à lapparition du Covid-19, une montée de racisme se fait ressentir dans le monde et dans lHexagone. Avant cela, on pense aux deux meurtres qui ont choqué la diaspora chinoise : celui de Zhang Chaolin, en 2016 dont la circonstance aggravante de racisme a été retenue ; et celui de Liu Shaoyao, tué en 2017 par un policier. Pour cette affaire en revanche, la justice a prononcé un non-lieu au nom de la légitime défense. La famille, elle réfute cette version.

Martial Beauville, Manifestation après le meurtre de Zhang Chaolin, Paris, 4 septembre 2016, photographie

Cest dans ce contexte que se développent des actions de lutte contre ces violences policières, le racisme et où sorganisent des mouvements de soutien. Cest ce que montre la dernière partie de lexposition, consacrée à ce regroupement et à ce quil engendre.

Petit à petit des mots sont posés sur ce qui était autrefois tu et participe à laffirmation des Chinois, Japonais, Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens de France. La nouvelle génération, en pleine expansion dévoilent des projets de toutes sortes autour de ces thématiques : magazines dédiés aux cultures asiatiques, apparition de personnalités publiques (chanteurs, youtubeurs, cuisiniers, historiens…) : leurs existences neffacent pas les épreuves de limmigration mais laissent penser quelles en ont valu la peine.

Louise Oh

La Perle 

« Immigrations est et sud-est asiatiques depuis 1860 »
Du 10 octobre 2023 au 18 février 2024

Palais de la Porte Dorée – Musée de l’Histoire de l’immigration
293 avenue Daumesnil 75012 Paris

www.histoire-immigration.fr
@palaisdelaportedoree