Amours et anarchies au Théâtre de la Ville

“La force qui ravage tout” est la dernière comédie musicale du metteur en scène David Lescot, artiste associé au Théâtre de la ville de Paris. Jouée jusqu’au 27 janvier 2023, la pièce met en scène des couples pris dans un tourbillon de folie après avoir assisté à un spectacle d’opéra.

« La force qui ravage tout » parle de l’amour, mais d’un amour dysfonctionnel, qui échoue, qui étouffe, qui sonne faux et qui finit par ne plus être. Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« La force qui ravage tout »s’ouvre sur une scène d’opéra, magistrale et envoûtante. C’est justement la représentation de cet opéra, « L’Orontea », pièce d’un compositeur italien (1656) – où la vie des personnages ne tourne qu’autour de l’amour – qui fait le pont entre les différents couples de cette nouvelle pièce de l’auteur David Lescot. Une pièce qui parle de l’amour, mais d’un amour dysfonctionnel, qui échoue, qui étouffe, qui sonne faux et qui finit par ne plus être. « La force qui ravage tout » met aussi en avant le pouvoir de l’art sur nos vies, un art vecteur de comparaison, de prise de conscience et de libération. Mais ce pouvoir incontrôlable contamine et pousse les couples à ressentir, éprouver divers sentiments, et agir en dehors de leurs habitudes sans qu’ils ne comprennent vraiment pourquoi. Jusqu’au 27 janvier 2023 au Théâtre de la Ville – Espace Cardin, à Paris. 

AMOURS FOUS

La comédie musicale croise plusieurs histoires : celle d’une politicienne en couple par arrangement qui tombe amoureuse de son ennemie, de femmes qui soudainement prennent conscience que leur compagnon ne leur convient pas, d’un homme médiocre qui retrouve tout son charme. Une histoire de jalousies, de tromperies et de désertions. La pièce de David Lescot parle de l’amour sous ses formes négatives et dévastatrices. Les personnages sont poussés à prendre des décisions radicales, guidées par une passion incompréhensible, mais surtout, révélées à la suite d’un spectacle d’opéra auquel ils assistent. L’amour est anarchique, à l’image de la pièce et de sa mise en scène.

La superposition des différentes vies de couples présentées dans la pièce fait écho à la multitudes de subjectivités auxquelles a accès le spectateur. Celui-ci est entraîné dans un tourbillon de scènes qui insufflent un rythme effréné et parfois saccadé, alimenté par la musique et le chant. Les intrigues sont plus ou moins développées, plus ou moins nécessaires et peuvent engendrer un sentiment de confusion et de cacophonie qui participe à une sorte d’anarchie globale. C’est d’ailleurs l’effet recherché par l’auteur qui entend insuffler « une dimension anarchique, un peu buissonnière, provocatrice » dans son propos. 

“J’AI IMAGINÉ UNE FORME DE CONTAMINATION QUI SOIT ARTISTIQUE, ÉMOTIONNELLE, SENTIMENTALE, AMOUREUSE.”

« La force qui ravage tout » parle de l’amour, mais d’un amour dysfonctionnel, qui échoue, qui étouffe, qui sonne ~l, qui échoue, qui étouffe, qui sonne faux et qui finit par ne plus être. Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

UN SPECTACLE TOTAL

David Lescot n’est d’ailleurs pas seulement auteur. Il est aussi metteur en scène et musicien – et cela s’entend. La musique tient une place particulière dans ses œuvres qui mêlent chant, danse et théâtre. « La force qui ravage tout » rend cette fusion d’autant plus frappante. Batterie, piano, violon, basse, contrebasse, guitare et mandoline sont joués par quatre musiciens, derrière un rideau fin, dans le fond de scène. Ils accompagnent comédiens et chanteurs tout au long de la pièce, en mélangeant les styles. 

En bon musicien, David Lescot est aussi un familier de l’opéra. Il en a monté plusieurs dont le plus récent, « Mozart, une journée particulière » (2022). Rien d’étonnant, en sommes, que l’opéra occupe une place particulière dans l’œuvre du metteur en scène. Si la pièce n’est pas un opéra, la dimension musicale est belle et bien conservée. Les chants expriment les sentiments des personnages et sont la concrétisation de la folie, des émotions et de la force qui les animent sans qu’ils ne puissent les contrôler. La musique permet de traduire la puissance radicale des sentiments et la frénésie qui s’est emparée des caractères. C’est par la musique et le chant qu’ils manifestent ce qu’ils ont en eux, comme une catharsis qui permet de brouiller ou, au contraire, de révéler le véritable sentiment amoureux. 

L’amour constitue donc le cœur de la pièce sans qu’on parvienne vraiment à déceler qui il est : révélateur, destructeur ou véritable ? La superposition des intrigues, des couples et de leur ressenti rend inaccessible et nébuleux le sentiment amoureux. Si la pièce échappe à toute forme de conclusion, elle met en avant l’universalisme de l’expérience culturelle et le moment précis où l’on en sort. Elle incite alors à se demander si « la force qui ravage tout » résonnera en nous aux portes du théâtre, tout comme ses personnages au sortir de l’opéra. 

Les chants expriment les sentiments des personnages et sont la concrétisation de la folie, des émotions et de la force qui les animent sans qu’ils ne puissent les contrôler. Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

La Perle

“La force qui ravage tout”
Du 14 au 27 janvier 2023
Théâtre de la Ville-Espace Cardin
1 avenue Gabriel 75008 Paris
Auteur et metteur en scène : David Lescot
www.theatredelaville-paris.com
Instagram : @theatredelaville_paris