De la BD à la scène, Peau d’Homme trouve sa voix au théâtre Montparnasse

Après son succès éclatant, la bande dessinée Peau d’Homme prend vie au théâtre Montparnasse en adaptation musicale. Porté par l’impétueuse Laure Calamy et une troupe à l’énergie solaire, ce spectacle réjouissant et culotté n’entre dans aucune case, hormis celles de la BD dont il s’inspire.

En incarnant à la fois le personnage de Bianca et son double masculin, Lorenzo, Laure Calamy fait fi de tous les stéréotypes de genre. Crédits : Jean Louis Fernandez.

Des planches de bande dessinée aux planches de théâtre, il n’y a qu’un pas. Multi primée à sa sortie en 2020, Peau d’Homme avait su conquérir les lecteurs. Elle est aujourd’hui transposée sur la scène du théâtre Montparnasse. 

Ce conte à l’univers graphique élégant et aux enjeux très actuels s’inscrit dans la tendance : comme Culottées (Pénélope Bagieu), Zaï Zaï Zaï Zaï (Fabcaro) ou Quartier lointain (Jirō Taniguchi), de plus en plus de BD sont adaptées au théâtre. L’œuvre d’Hubert et Zanzim ne fait pas exception avec ce spectacle musical signé par la metteuse en scène Léna Bréban.

Dans la peau de l'actu

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, jeune fille de bonne famille, est en âge de se marier. Le mariage est arrangé, cela va de soi. À l’heure des grands bouleversements esthétiques et intellectuels de l’époque, certaines traditions restent tenaces. Mais Bianca n’est pas de celles qui consentent si docilement à leur destin. 

Sa marraine lui révèle alors un secret légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une “peau d’homme” qui lui offre, une fois revêtue, tous les attributs d’un homme viril, libre d’agir comme bon lui semble. Sous les traits de Lorenzo, Bianca part à la découverte de son futur fiancé Giovanni, loin d’imaginer que ce dernier n’a d’yeux que pour ses semblables. 

Pour découvrir son futur mari dont elle ignore tout, Bianca reçoit de sa marraine une "peau d'homme". Crédits : Jean Louis Fernandez.

Pas besoin d’aller en Italie chercher ce qui a séduit Léna Bréban à la lecture cette fable. Comme dans bon nombre de sociétés corsetées par leurs traditions conservatrices, femmes et homosexuels sont ici mis au ban. Nul n’est libre d’être ni d’aimer qui il souhaite. Et le propre frère de Bianca, jeune prêtre intégriste aux discours un peu trop familiers, se charge d’y veiller étroitement. Belle époque que celle de la Renaissance pour braquer la focale, l’air de rien, sur notre époque. En filigrane, les luttes féministes et queer bruissent.

Chansons, paillettes et bel esprit

Pour autant, pas question pour Léna Bréban d’en proposer un traitement frontal ou moralisateur. A l’instar de la BD où le dessin se charge de véhiculer, en douceur, ses messages de fond, elle choisit de transposer l’œuvre en un spectacle musical enlevé, volontairement bon enfant : “J’aime que ça ait l’air naïf mais que ça ne le soit pas du tout” confesse-t-elle. Un parti pris audacieux que relève avec brio l’ensemble de la troupe, taillée sur mesure pour l’occasion. 

Avec Ben Mazué pour compositeur, Leila Ka pour chorégraphe et Laure Calamy pour actrice principale, Léna Bréban sait à l’évidence s’entourer. Et peu importe que ses comédiens ne soient pas tous des chanteurs avertis.  “J’apprécie les grains de voix imparfaits, c’est ce qui fait toute l’humanité des personnages et qui permet au public de s’identifier”.

Une adaptation cinématographique en préparation

Dans cet exercice, aucun d’entre eux ne boude son plaisir. Tous se régalent de ces facéties musicales et cela se sent. En chef de file de cette joyeuse bande, Laure Calamy détonne, se jouant des codes du masculin et du féminin avec canaillerie. Dans son sillage, Valentin Rolland, Samira Sedira, Emmanuelle Rivière, Aurore Streich, Adrien Urso, Vincent Vanhée virevoltent, portés par un élan de troupe follement communicatif.

De la BD à la scène, tout y est, ou presque. L’atmosphère chaleureuse d’Italie, dont Hubert et Zanzim font le théâtre de leur récit. La multiplicité des costumes, tantôt apparats de coercition ou d’émancipation. La tendresse avec laquelle Laure Calamy (Bianca/Lorenzo) et Valentin Rolland (Giovanni) abordent celle de leurs personnages, avides de se découvrir malgré les interdits. La liberté de ton qui a fait le succès de la BD et que le théâtre vivant contribue de propager. La drôlerie dont l’œuvre est parsemée et que Léna Bréban exacerbe volontiers. 

« Je voulais retranscrire ce que les planches de dessin m’ont évoqué » explique-t-elle. À en écouter les réactions du public, le pari semble pour le moins réussi. Bénédiction suprême, celle de son dessinateur Zanzim, réjoui de cette collaboration qu’il n’avait osé espérer : “Je me suis vraiment retrouvé dans ma BD. Léna a eu carte blanche et j’ai adoré ce qu’elle en a fait”.  Quatre ans après la sortie de Peau d’Homme, les fans devraient donc s’y retrouver. Une adaptation cinématographique a même été annoncée avec pour actrice principale, l’iconique Catherine Deneuve. L’aventure ne fait que débuter …  

Burlesque et fantasque, Peau d’Homme est le remède théâtral du moment, garanti anti morosité. Avec joie et fracas, l’ensemble de la troupe chante la liberté comme Hubert, décédé en 2020, l’a écrite et Zanzim dessinée. Ne reste plus qu’à attendre la cérémonie des Molières pour voir si cette adaptation de Léna Bréban, éligible dans 4 catégories, rencontrera le même succès que sa BD d’origine.

Amandine Violé

La Perle

Peau d’Homme, mis en scène par Léna Bréban 
Du 23 janvier au 8 juin 2025. 

Théâtre Montparnasse,
31 rue de la Gaité, 75014. 

www.theatremontparnasse.com
Instagram@theatremontparnasse