Lyse de Quillacq, à la rencontre des voix de l’art 

Art et business sont-il compatibles ? C’est toute la question de son podcast « Innover dans le monde de l’art ». Pour y répondre, Lyse de Quillacq donne la parole aux acteurs et actrices du milieu. Cette passionnée d’art contemporain, y a, au passage, trouvé sa propre fibre d’entrepreneuse. Portrait d’une insatiable curieuse.

À 25 ans, Lyse de Quillacq entame la troisième saison du podcast « Innover dans le monde de l’art » : des interviews pour décrypter les métiers du milieu. Crédits photo : Perla Msika

Elle nous reçoit chez elle : dans son salon, sur son canapé, elle sert le café et les petits gâteaux. Avec ça, Lyse de Quillacq devrait se sentir en terrain conquis. Pourtant elle semble un peu déstabilisée. Ce soir, dans ce petit appartement du XVIIIème arrondissement de Paris, les rôles sont inversés. C’est à elle de répondre aux questions, à elle de se prêter au jeu de l’interview. 

À 25 ans, la jeune femme, originaire de Nantes, entame la troisième saison de son podcast « Innover dans le monde de l’art » qui donne la parole aux acteurs du milieu. Des galeristes, des entrepreneurs,  des commissaires-priseurs, des critiques, des journalistes et, bien sûr, des artistes. En juillet dernier, les co-fondatrices de La Perle, Léna Naouri et Perla Msika, ont participé à l’un de ses épisodes.

UNE PASSION DÉVORANTE POUR LES VIES D’ARTISTES

Au cœur de son projet créé en 2022, rompre avec l’idée que l’art n’est pas compatible avec le business. « Dans le milieu, ça résonne encore comme un tabou. Moi-même, j’ai longtemps cru qu’on ne pouvait pas entreprendre en art…mais pour en avoir le coeur net, j’ai décidé d’aller à la rencontre de personnes et de projets qui me prouveraient le contraire ».

Dans ces entretiens, Lyse de Quillacq rencontre sa propre fibre entrepreneuriale, son projet à elle. Avant cela, son master de recherche en Histoire et Critique des arts à l’université de Rennes 2 ne lui inspire pas de vocation profonde : l’étudiante ne se voit ni historienne, ni conservatrice de musée. Elle y retient plutôt une passion dévorante pour les vies d’artistes. Et des questions la traversent : Pourquoi un artiste marque-t-il son époque ? Comment se forge la légende ? Des enjeux qui, avec le recul dit-elle, font écho à celui de son podcast.

Depuis quelques mois Lyse de Quillacq côtoie le monde de l’art jusque dans sa vie personnelle : elle est la colocataire de Lisa Njegomir, une artiste peintre. Crédits photo : Perla Msika

« On parle à tord de l’art comme s’il était déconnecté de la société. »

Après avoir longuement travaillé sur les peintres du XVIème siècle à nos jours, elle offre une première piste de réponse : « On parle souvent de l’art comme s’il était déconnecté de la société, de l’Histoire, des réalités économiques. Comme si une œuvre surgissait comme ça…pouf, ex-nihilo ! Pourtant, derrière un créateur, il y a quasi-systématiquement un mécène, un galeriste, un marchand ».

Ces métiers, Lyse de Quillacq cherche à les décrypter. Sa curiosité la pousse à lancer son projet : avec « Innover dans le monde de l’art », elle fait honneur à l’entourage des artistes, à ce bagage qui leur permet de se hisser. Innover, c’est d’abord expliquer comment fonctionne le marché et comment les artistes vivent de leur œuvre…quand ils le peuvent. 

La podcasteuse déplore le manque de moyens, de possibilités, voire, comble du secteur, de créativité pour faire en sorte que les artistes puissent gagner leur vie. « C’est bien connu : les artistes n’ont pas de factures, ils ne se nourrissent que d’esthétique ! » ironise-elle.

DU PODCAST AUX "ART DATINGS"

À son tour, la jeune femme choisit d’ailleurs d’accompagner les artistes. Après son diplôme, elle profite de la crise sanitaire pour se former, en autodidacte, à la communication et au marketing artistique. Comment un artiste marque-t-il les esprits ? L’éternelle question se transforme en stratégie d’entrepreneuse. Elle y ajoute un verbe, un passage à l’action : Comment (faire) pour qu’un artiste marque les esprits ?

Lyse de Quillacq regorge d’idées et côtoie même la création contemporaine de très près. Fraîchement installée à Paris, elle est l’heureuse colocataire de Lisa Njegomir, une artiste peintre rencontrée au fil de vernissages. Elle puise aussi dans ses expériences précédentes. En 2020, alors médiatrice dans un château nantais, elle y monte, à titre bénévole, une petite galerie d’art contemporain qui promeut et vend les artistes auprès des visiteurs. Audacieux, mais elle tâtonne encore un peu.

La podcast s’impose, lui, comme une clé d’ouverture professionnelle. Il ouvre la « voix » au réseau, aux synergies mais aussi aux prises d’initiatives et à la confiance en soi : « avec le podcast il y a un anonymat rassurant lorsqu’on ose pas encore s’exprimer publiquement et ça m’a fait énormément évoluée : avant je ne donnais même pas mon nom en fin d’épisode. Aujourd’hui, j’ai carrément ma tête sur la vignette ! ».

Lyse de Quillacq et Axelle Delorme, fondatrices des "Art Datings". Crédits : Lyse de Quillacq
Les "Art Datings" lancés en juin 2023 veulent réunir artistes et amateurs, à contre-courant d'un secteur jugé trop élitiste. Crédits photo : Lyse de Quillacq

Aujourd’hui, Lyse de Quillacq s’illustre non pas – du moins pas seulement – dans le m’as-tu-vu des vernissages, mais dans l’intimité de ses auditeurs : « Le podcast permet aussi de cultiver une proximité. Je sais que la personne qui m’écoute est généralement seule, avec ses écouteurs, voire parfois, en ce qui concerne les artistes, seul dans un atelier. Je veux lui chuchoter à l’oreille, lui donner presque l’impression qu’il est assis à nos côtés pendant l’interview. »

Une proximité qu’elle entend bien prolonger au-delà du digital. En juin dernier, aux côtés d’Axelle Delorme, créatrice du compte Instagram @axellevousparledart,  Lyse de Quillacq lance les « Art Datings » : des rencontres régulières entre artistes et « esthètes » en tous genre : curieux, amateurs, collectionneurs, des galeristes et critiques sont les bienvenus.  Les artites bénéficient d’une masterclass préalable qui leur apprend à parler de leur travail. 

Avec sa collaboratrice, elle cherche à replacer la rencontre avec l’artiste au centre de l’achat de son œuvre.  Aux prémices d’une collection donc, le pari d’un coup de foudre humain. Les créateurs sont invités à parler de leur travail dans un cadre, là encore, plus intime. « Nous sommes de plus en plus à vouloir nous extirper d’un art trop élitiste au profit d’un cadre accueillant et convivial qui serve aussi bien le marché que la créativité. » La prochaine rencontre a lieu le 27 octobre prochain au OFF Paris Seine.

Perla Msika

La Perle
En partenariat avec « Innover dans le monde de l’art »