On ne naît pas pionnière, on le devient

Au Musée du Luxembourg, “Pionnières, Artistes dans le Paris des Années folles” cherche à réinscrire des femmes artistes dans un contexte historique dépourvu de leur empreinte. L’exposition fait ressurgir la perpétuelle question du corps de la femme dans la société et dans l’art.

Au fil de l’exposition “ Pionnières”, un enjeu pictural s’impose de lui-même, celui de la représentation du corps féminin.
Photo : La Belle Rafaele, 1927, huile sur toile, Collection particulière.

Au Musée du Luxembourg, l’œuvre de 45 femmes propose, en neuf chapitres, une conception de la période de l’entre-deux-guerres à travers la peinture, la sculpture, la littérature, la mode ou encore la musique. Dans ce contexte, plus favorable à l’émancipation féminine, ces artistes se réapproprient la représentation de leur corps.

LE MONDE BOUGE… LES FEMMES AUSSI

L’atmosphère de l’après-guerre est, en effet, favorable à l’émancipation des femmes : entrée sur le marché du travail, scolarisation plus poussée, lutte pour le droit de vote et participation politique sans l’accord du mari. Un tour historique du Paris des années 1920 dont les mouvements favorisent l’insertion des femmes dans des milieux extérieurs au foyer familial. Dans ce contexte, certaines en profitent pour se démarquer en tant qu’artistes.

Certaines contribuent même à l’émergence de plusieurs mouvements artistiques : fauvisme, cubisme, dadaïsme, ces femmes peignent, sculptent, fabriquent des œuvres colorées et mouvementées, à l’image de leur époque. Parmi elles, des noms mythiques : Joséphine Baker, Sonia Delaunay et Marie Vassilieff. Pourtant, la plupart des artistes exposées se révèlent inconnues au visiteur. C’est bien là le défi du musée : conférer une visibilité à des artistes longtemps marginalisées

“UN AUTOPORTRAIT D’AMRITA SHER-GIL, EN RÉPONSE AU PORTRAIT DE FEMMES EXOTIQUES ET IDÉALISÉES DE SON ÉPOQUE.” 

Amrita Sher-Gil, Autoportrait en Tahitienne, 1934, huile sur toile, Collection Kiran Nadar Museum of Art, New Delhi. Crédit photo : Alexandra Beraldin.

EN CORPS ET ENCORE

Au fil de l’exposition, un enjeu pictural s’impose de lui-même, celui de la représentation du corps féminin. Le corps de la femme n’est pourtant pas explicitement mentionné comme sujet à part entière de la visite Cependant, la mise en scène du corps, par la peinture le portrait ou l’autoportrait, est un motif récurrent. Nous traversons des salles dédiées à la maternité, à l’amour lesbien, aux codes du genre et à la question de l’Autre.

Mela Muter, par exemple, traite des instants du quotidien. Elle choisit comme modèles des femmes d’origines diverses et de foyers modestes, les saisissant dans un cadre domestique. Pas de pause spécifique, elles sont immortalisées en tenue de jour ou de nuit, captées dans un moment de réflexion, un moment intime. D’autre part, nous sont présentés des tableaux dédiés à l’amour entre femmes. Y-a-t-il une différence entre le regard d’un peintre, homme ou femme, lorsque le tableau traite du désir ? C’est ce que Tamara de Lempicka déchiffre par ses corps d’amantes et ses portraits de femmes nues. L’artiste peint avec envie et le résultat se veut délicat, voluptueux. La question de l’identité est également abordée : un autoportrait d’Amrita Sher-Gil, en réponse au portrait de femmes exotiques et idéalisées de son époque, se met en scène dans le rôle, si énigmatique, de l’Autre.

Les pionnières se redéfinissent en tant que femmes dans la vie moderne, mais redéfinissent-elles le regard sur leur corps ? Il semble que leur travail pose les premiers jalons de la représentation d’un corps féminin plus authentique, plus réaliste, en d’autres termes, un corps délaissé des codes classiques et idéalisés des portraits. L’appel est, dès lors, lancé pour creuser davantage les grands jalons de l’Histoire de l’art au féminin.

La Perle

Exposition “Pionnières, Artistes dans le Paris des Années folles”
Du 2 mars au 10 juillet 2022
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard, 75006, Paris.
Commissariat général : Camille Morineau
Instagram : @museeduluxembourg