Au Musée d’Orsay, l’autre visage de Paul Signac

Une haute estime de l’amitié, une passion brûlante pour la couleur, et surtout un amour vrai de la peinture. Voilà le programme proposé par le musée d’Orsay à travers sa nouvelle exposition “Signac collectionneur”. Pour les amateurs du XIXe plus précoce, rendez-vous à l’étage pour un accrochage des toiles de Marlène Dumas.

Le Musée d’Orsay a préféré mettre l’accent sur l’autre regard de Signac : celui qui lui a permis de réunir près de 400 œuvres au cours de sa vie. Un œil pointé non par sur son propre chevalet, mais sur celui des autres. Photo : L’Air du Soir – Henri-Edmond Cross – 1893.

UN APERÇU ÉCLAIRÉ DE LA COLLECTION

C’est qui, ou plutôt c’est quoi déjà Paul Signac ? Le Musée d’Orsay tente de répondre à cette question avec l’exposition « Signac collectionneur ». Un œil, tout d’abord. Lorsqu’il découvre l’œuvre de Claude Monet en 1880, sa vocation naît immédiatement. Il sera peintre. L’accrochage dans la première salle de sept de ses toiles témoigne de son affection pour les paysages colorés qu’il esquisse grâce à la technique pointilliste : appliquer des points de couleurs successifs pour réaliser une image.

Mais à l’initiative de Laurence des Cars, ancienne directrice du musée et tout juste nommée à la direction du Louvre, le Musée d’Orsay a préféré mettre l’accent sur l’autre regard de Signac : celui qui lui a permis de réunir près de 400 œuvres au cours de sa vie. Un œil pointé non pas sur son propre chevalet, mais sur celui des autres. Avec plus de 150 œuvres réparties en cinq salles, le visiteur déambule au sein de la collection Signac au gré des inspirations majeures de son initiateur. Au prologue introduisant le personnage, se succèdent ainsi la présentation de ses Maîtres, les figures et collectifs qui ont marqué sa vie avant de conclure par « les surprises » de la collection. 

“L’EXPOSITION MET EN LUMIÈRE LE LIEN ENTRE LES AMITIÉS DE SIGNAC ET L’ÉTOFFE DE SA COLLECTION. IL EST UN PROCHE DE VAN GOGH, QUI LUI OFFRE DEUX HARENGS.“

Deux Harengs – Vincent Van Gogh – 1889

L’HUMAIN AU COEUR DES CHOIX DU COLLECTIONNEUR 

L’exposition met ainsi en lumière le lien entre les amitiés de Signac et l’étoffe de sa collection. Il est un proche de Van Gogh, qui lui offre son œuvre Deux Harengs suite à une visite en Arles. L’œuvre est l’une des nombreuses issues de collections particulières présentées au public pour l’occasion – un point fort de l’événement. Son grand ami Henri-Edmond Cross lui fait découvrir Saint-Tropez où Signac achète une maison dans laquelle il recevra Matisse, Bonnard ou encore Dufy. Accueillant, ce Paul.

Chez Signac, l’amitié est double. Artistique donc, mais également politique ! En 1898, il revend Avant le lever du rideau, un pastel qu’il admirait pourtant à cause des positions anti-dreyfusardes de son auteur, Edgar Degas. Ce dernier, opposé à la réhabilitation du général juif Alfred Dreyfus, est de ceux qui l’accusaient à tort d’espionnage pour le compte de l’Allemagne. 

Loin de ces positions, Signac est de son côté très proche de Félix Vallotton, avec qui il partage les idées anarchistes. On retrouve notamment trois de ses œuvres très engagées comme L’Anarchiste ou La Charge. Amoureux des forces de l’ordre s’abstenir.

La Charge – Félix Valloton – 1898 : Signac est de son côté très proche de Félix Vallotton, avec qui il partage les idées anarchistes.

UN PASSIONNÉ ENGAGÉ

Paul Signac ne se contente pas uniquement d’empiler les toiles pour son plaisir personnel. Fondateur en 1884 du Salon des Indépendants, il préside ce rendez-vous annuel de l’avant-garde à partir de 1908. Sa réflexion sur l’importance de la couleur en fait, avec les années, le chef de file du mouvement néo-impressionniste. 

Véritable théoricien de l’art, Signac se fait également une spécialité de sauvegarder et de réhabiliter le travail des artistes décédés. Lorsque son grand ami Georges Seurat meurt en 1891, Signac défend sa mémoire et réunit en quelques années plus de 80 de ses dessins, études, esquisses et tableaux. 

En 1910, patatras. Au tour de Henri-Edmond Cross de disparaître. Là aussi, Signac achète bon nombre des toiles de son ami. À la fin de sa vie en 1932, il inaugurera même le musée Delacroix à l’aide de son compagnon de route Maurice Denis, dont on aperçoit quelques huiles au détour du parcours. Pas de doute, Paul, c’était un vrai pote. 

PRIMAUTÉ À LA PEINTURE 

Alors, les potes avant les p… eintres ? N’exagérons rien. S’il est un collectionneur définitivement engagé, façonné par l’étude des maîtres impressionnistes, Paul Signac n’hésite pas à élargir son spectre d’influences. Une quinzaine d’estampes et une vingtaine d’albums illustrés japonais figurent ainsi dans sa collection. Remarquez également l’exposition étonnante du Centaure, fusain d’Odilon Redon, peintre pourtant décrié par Signac. Au-delà de ses propres appétences, le collectionneur est avant tout un passionné. 

SPLEEN DE PARIS ET CONVERSATIONS DE MARLENE DUMAS 

Une fois vos gambettes dégourdies par l’exposition Signac, poursuivez donc votre visite parl’accrochage des toiles de Marlene Dumas à l’étage. A l’occasion du bicentenaire de la naissance de notre Charles Baudelaire national, l’artiste sud-africaine a réalisé une série de portraits en écho avec le Spleen de Paris. « C’est une artiste qui joue à travers sa peinture. Tous les portraits dialoguent entre eux » souligne Donatien Grau, chargé de la relation du musée avec l’artiste et décrypteur précieux de l’œuvre de l’artiste. Avis aux littéraires, certaines productions sont accompagnées du poème les ayant inspirées. « C’est un exercice d’admiration » résume notre guide. Mais alors, pourquoi avoir choisi Baudelaire comme base de travail ? « Il a été un grand défenseur de la peintureface à la crise de l’apparition de la photo » poursuit Donatien Grau. Bavardes et visuelles, les Conversations de Marlene Dumas apportent donc un regard neuf sur la prose de Charles Baudelaire. Allez, qu’est-ce que vous attendez ? Osez. Foncez à Orsay ! 

Charles Baudelaire – Marlene Dumas – 2022.

La Perle

Exposition Signac collectionneur
Du 12 octobre au 13 février 2022
Exposition Marlene Dumas : « Le Spleen de Paris” et “Conversations”
Du 12 octobre au 30 janvier 2022
Musée d’Orsay
1 Rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris
Commissaire d’exposition : Charlotte Hellman et Marina Ferretti Bocquillon