Mieux vaut devenir fou que rester con

Avec Adieu Les Cons, Albert Dupontel raconte la cavale de trois mal-aimés dont la quête d’amour sème la zizanie dans une société sclérosée par le techno-administratif.

Adieu les cons – Albert Dupontel – 2020.

Au temps des cons, il fait bon perdre la boule. Disjoncter pour la saveur. Devenir fou et jouir de tout. Oui, tout. Pourvu de ne pas s’emmerder. Pourvu de sortir du moule et de vivre aventures, tourments et passions effrénées.

Ici, c’est une autre folie qui nous intéresse. Celle d’Albert Dupontel, éternel drôle d’oiseau qui pour Adieu les cons oscille entre la brillance du film français et la malice du dessin animé. Après Au revoir là-haut – petit bijou d’adaptation du roman de Pierre Lemaître – le réalisateur enfile la casquette de comédien et invite Virginie Efira et Nicolas Marié à le suivre dans une cavale loufoque et joliment grinçante. 

TROIS PARIAS, UNE QUÊTE D’AMOUR

Hors du possible, Adieu les cons réunit en une quête d’amour trois misérables, trois exclus, trois mal-aimés dont les situations respectives sont aussi tragiquement absurdes que la société qui les refoule. C’est ainsi que Suze Trappet – coiffeuse condamnée par les produits toxiques de son salon – tente de respecter son ultime volonté en retrouvant son enfant, né sous X alors qu’elle n’avait que 15 ans. 

Se frayant un chemin dans le tumulte administratif, Suze va alors faire la rencontre de deux hommes : JB – génie de l’informatique suicidaire – et Monsieur Blin – archiviste aveugle et poliçophobe. Ensemble, ils vont à la fois fuir les quiproquos qui les poursuivent et rattraper l’enfant perdu de Suze. Suivez-les vite, le temps presse. 

Adieu les cons – Albert Dupontel – 2020.

Et quelle est donc cette toile de fond ? Celle qui, caricaturale, guette nos personnages de sa folie ambiante ? Dans une ville imaginaire aux teintes chaudes et tamisées, c’est l’absurde qui – une fois de plus – joue les trouble-fête. Avec Adieu les cons, Dupontel arbore une esthétisation du quotidien où les nouvelles technologies errent – incertaines – entre magie et morosité. Splendeurs et misères du virtuel ou comment faire de trois personnages les hors cadres d’une société mise en scène. Les voyez-vous, ceux qui se parlent dans le métro, pendant que nous, phobiques du réel, préférons garder – rassurés – les yeux rivés sur nos écrans ? De quoi laisser un goût amer au spectateur qui, malgré lui, s’y retrouve…

Mais comme il est plus aisé – et sommes toutes très français – de se moquer des autres, tout le monde en prend pour son grade. Au choix : les flics, les médecins, les administrations, les cadres sup’ et même les services anti-terroristes. L’excès caricatural en serait-il vraiment un ? Visionnaire, cette comédie dramatique résonne en nos cœurs comme un étrange pressentiment où la réalité – celle du beau et du non-sens 2.0 – devient une fiction comme une autre. 

Au temps des rôles interchangés – les enfants au travail et les adultes confinés – Adieu les cons arrive donc à point nommé. Aux grands enfants tels que moi qui dans l’obscurité d’une salle de cinéma ont vu en ce film la fascination irréaliste du cartoon : on sait que ce n’est pas plausible, on crie « ce n’est pas possible », mais songeurs, amusés, captivés, on ne quitte pas l’écran des yeux.

« Adieu les cons » d’Albert Dupontel.

Perla Msika

La Perle

Adieu les cons
Un film d’Albert Dupontel
Date de sortie : 21 octobre 2020 
Durée : 1 heure 27 minutes
Avec : Virginie Efira, Albert Dupontel et Nicolas Marié