Tout le monde déteste Marie

En transformant le  “culot” de ses vidéos YouTube en produit marketing, la comédienne Marie s’Infiltre s’est muée en parodie d’elle-même. Une posture irritante qui n’a pas échappé à son propre terrain de jeu. Ses détracteurs n’ont pourtant rien à lui envier.

Tout le monde déteste Marie. Sur les réseaux sociaux, tout le monde singe ses manières. Et tout le monde en rit – moi compris. Faut dire que Marie est agaçante. L’usage viral dirait gênante. Sur les réseaux, ça pardonne pas ce genre de travers. Tellement que c’est devenu la mode de vouloir se la faire.

En même temps, Marie est narcissique. Sur Instagram, ses aventures Youtube ont muté en mauvais biopic, et son personnage désinvolte en créature lisse, filmée sous tous les angles.  Quand elle pleure,  quand elle tremble, quand elle rit, quand elle parle, quand elle pense.  Dans sa loge, dans sa chambre. Marie est impudique. Sans jamais l’avoir rencontrée, je connais tout de sa vie. Sa famille, ses amis, ses souvenirs, ses névroses et ses deuils.  

Marie est emphatique. Face caméra, elle simule la profondeur du moment en arborant la moue d’un poisson rouge hors de l’eau. Les compliments qu’elle a reçus, le nombre de places qu’elle a vendues. Supplément filtre noir et blanc, à la hauteur de l’enjeu,  tout ce qu’elle annonce est d’un enjeu crucial. Marie est commerciale. Son “culot” s’est transformé en produit marketing. Un insupportable affront à ses pairs, les artistes. Contrairement à elle, ils ne sont pas des marchands de tapis.

Marie est une concurrente. Et son blasphème autorise tous les dénigrements.  Son allure, ses tenues, ses larmes, son identité. D’ailleurs a-t-elle vraiment été chassée de ce café ? Et d’ailleurs, si c’était le cas, ça serait pas grave, Marie est tellement irritante, que ce n’est certainement pas parce que Marie est juive. Rien à voir avec l’obsession qu’elle suscite chez des influenceurs avec une demi-conscience politique. Contrairement à eux, Marie est déconnectée. À vouloir l’ouvrir sur ce qui la concerne, Marie l’a bien cherché. Pourquoi est-ce qu’elle aurait même le droit de parler ? Elle mérite bien qu’on s’acharne. Et tant pis si ça ressemble à du harcèlement.

Marie est un bouc émissaire. Un agent de détestation qui a le talent rare de réunir les passions numériques : parfois très drôles, souvent ingrates et gratuites. Alors peut-être que Marie est susceptible. Et n’apprécie guère qu’on moque ses propres travers. Mais ce qu’on déteste chez elle, c’est probablement ce qu’elle éveille de pire : notre propre reflet.

Perla Msika

La Perle