Du 14 octobre 2026 au 14 février 2027, l’exposition « Le costume à Versailles : de la parure à la loque » s’intéresse à la garde-robe du 18ème siècle, chez les élites de la Cour comme dans les classes populaires.
En 1775, des paysannes écrivent à Marie-Antoinette avec une idée lumineuse pour arrondir leur fin de mois. Les plumages sont en vogue depuis l’avènement de Louis XVI et elles ont décidé d’en profiter. Dans leur lettre, elles suggèrent à la reine de lancer la mode des plumes de coqs, de poules et de canards, c’est-à-dire celles de leur basse-cour, qu’elles pourront ainsi vendre à bon prix aux modistes. Elles vont même plus loin : les coiffeuses de Versailles pourraient les présenter comme des plumes rares, venues de pays lointains. Une astuce commerciale digne des meilleurs coups marketing actuels !
Tel est l’esprit de l’exposition que le musée Lambinet consacre actuellement à la garde-robe du 18ème siècle. On y parle de mode, bien sûr, mais aussi d’argent, de classe et de fonction sociale.
Versailles, côté ville
Si la mode de la cour royale est très documentée et peuple notre imaginaire, l’apparence des habitants de la ville reste largement méconnue. Siège du pouvoir et résidence officielle de la monarchie jusqu’en 1789, Versailles abritait une population certes entièrement tournée vers le service du château, mais néanmoins diverse.
C’est à travers cette variété que l’historien de la mode et commissaire de l’exposition Jean-Noël Vigoureux-Loridon propose de s’immerger, grâce au prêt d’une partie de sa collection personnelle, complétée par des tableaux d’époque et des documents d’archives. Couvrant la période des années 1680 à la Révolution, le parcours montre ainsi comment l’apparence reflétait le rang, mais aussi l’activité et le mode de vie des individus.
Trois mondes, trois modes
Après une première salle consacrée aux métiers de la mode – tailleurs, couturières, perruquiers et fripiers – l’exposition décline le vestiaire de chacun des trois rangs sociaux qui organisaient l’Ancien Régime.
On commence avec la garde-robe des classes populaires, pour laquelle les vêtement sont d’abord pensé pour être pratiques, solides et faciles à repriser. Viennent ensuite les classes intermédiaires, qui cherchent l’élégance, mais à petit budget, avec des tenues révélant un équilibre subtil entre distinction sociale et sobriété.
Enfin, la dernière salle de rez-de-chaussée s’intéresse à la classe supérieure, celle qui inspire toutes les autres. Matières précieuses et motifs extravagants, garde-robes abondantes et souvent renouvelées : l’habit y est un véritable langage social, exprimant le rang autant que le goût, pour lequel hommes et femmes dépensent sans compter.
Des cartels et des développements pour tout comprendre
Dans chaque salle, des cartels pédagogiques affichés aux murs résument de façon claire et efficace les éléments qui composent les garde-robes féminines et masculines de chaque rang social. Dessinés par l’atelier TILDE, ces supports particulièrement bien conçus permettent de comprendre en un coup d’œil ce que l’on portait selon sa condition, même sans être spécialiste du vêtement historique. Mention spéciale également pour la scénographie colorée qui, aux étages notamment, permet de distinguer les développements liés à l’exposition du reste des collections.
Car en effet, le parcours se prolonge dans les collections permanentes du musée, où l’on découvre les uniformes, les habits religieux, mais également une salle de bain reconstituée, une vitrine consacrée aux produits d’entretien du linge ou encore une autre à l’hygiène du corps. Parmi les derniers focus, celui consacré à la maternité et la petite enfance présente une rare robe de grossesse et un ensemble de bonnets pour nouveau-nés, ouvrant une fenêtre sur l’intimité des familles et clôturant la visite sur une note attendrissante.
Thibault Bissirier
La Perle
« Le Costume à Versailles : de la parure à la loque (1682-1789) »
Du 14 octobre 2026 au 14 février 2027
Musée Lambinet
54 boulevard de la Reine – 78000 Versailles