Affaire Emmanuel Pierrat : le “cool” n’est pas “woke”

L’avocat des grands artistes est jugé jusqu’au 29 mai pour des faits de « harcèlement moral » sur ses collaborateurs. Pour ces jeunes professionnels, l’alibi de la souffrance « au nom de l’art » ne passe plus 

C’est d’abord une affaire de cabinet d’avocat. Et de harcèlement moral au travail. Mais est-ce un hasard s’il se passe dans le monde de l’art ? Là où l’alibi de la création offre des libertés ? Là où il gonfle les egos ? Dans le cas présent, il conduit à une plainte : celle d’une d’une quinzaine de collaborateurs, stagiaires et assistants contre Emmanuel Pierrat. L’avocat des artistes et des grands auteurs. 

Tous ont été attirés par cette renommée et l’aspiration d’une carrière aussi prestigieuse. Leur rêve se casse les dents sur un climat d’humiliations et de violences psychologiques. Mais sur ces faits accablants (que le prévenu reconnaît) plane un décalage : un fossé générationnel où le cool se frotte au woke.  

Opposition tapageuse, certes. Mais largement figurée dans la nébuleuse artistique : dans les studios, les galeries, les maisons de ventes, de jeunes professionnels tirent la sonnette d’alarme de comportements abusifs qui imposent une remise en question. À la barre, le mea culpa d’Emmanuel Pierrat agite les parties civiles. Ses méthodes “à l’ancienne”, il les explique notamment par le manque de temps d’une vie mondaine faite de voyages culturels, de prix littéraires, d’engagement personnel, et de conférences pour les artistes. 

Il y a encore quelques temps, cette plaidoirie n’aurait pas suscité une objection. L’apparat sensas de l’avocat qui vole au secours des écrivains arrêtés et des œuvres en danger aurait fait illusion. Aujourd’hui, alors que la loi s’en mêle, elle se meut en deux réactions : la victimisation ou la posture défensive.  L’un joue l’introspection ou expose ses propres casseroles. L’autre s’excuse ironiquement d’être un boomer ou pardonne le manque de passion, d’abnégation, de rigueur professionnelle  (rayez la mention inutile) de ses pairs. Pas encore ça. Enfin, c’est déjà un pas. 

Perla Msika

La Perle